Cinéma : Roubaix, une lumière

mardi 24 septembre 2019
par  Nicole de Micheaux
popularité : 35%

JPEG - 40.1 ko Le réalisateur Arnaud Despléchin a passé son enfance à Roubaix. A l’époque, la cité connaissait une certaine prospérité grâce aux entreprises du textile. Actuellement 45% de sa population vit au-dessous du seuil de pauvreté. C’est le taux le plus élevé, en France, dans une grande ville.

On comprend alors pourquoi la nuit de Noël y est une nuit comme les autres : les violences, les vols, les crimes mobilisent les commissariats de quartier. Le commissaire Daoud et son équipe viennent de recevoir le jeune Louis fraîchement nommé lieutenant.

Despléchin n’a pas écrit un film documentaire mais a cherché à filmer au plus près de la réalité en s’inspirant, pour le scénario, d’un fait divers vu il y a 10 ans à la télévision. Au cours du tournage, il s’appuie essentiellement sur le jeu des acteurs. Certaines femmes comme l’enfant abusée ne peuvent que subir la violence. D’autres sont dans la révolte comme la jeune fugueuse ou le couple de criminelles, dont l’affaire a motivé le scénario. Il trace le portrait de la misère sociale qui, chez ces dernières, ne leur permet pas de prévoir les conséquences de leurs actes. Toutes deux comprendront peu à peu, au cours de leurs interrogatoires par Daoud, qui ne juge pas mais les place devant l’horreur de leur meurtre (en particulier pendant la reconstitution), la folie de leur projet.

Touchante sur un tout autre plan bien qu’œuvre de pure imagination, la vie solitaire de ces hommes au service de la loi et de la protection de la population quelle que soit l’heure, ou le temps. Le commissaire Daoud (interprété par un Roschdy Zem transcendant son rôle) n’a plus de famille « tous retournés au bled » sauf un neveu, incarcéré, qui refuse ses visites. Chez les prévenus, ses silences provoquent l’aveu de bribes de vérité et sur son visage on peut lire que tout cet amour qu’il aurait voulu donner aux siens se reporte sur ces malheureux, restés dans le quartier, et qui vivent de rêves (brûler sa voiture pour toucher l’assurance) et d’expédients qui les conduisent au commissariat. Le jeune lieutenant apprend son rôle avec conscience et humilité, dans cette nuit de Noël baptême du feu, et prie pour avoir la force nécessaire face à ce qui l’attend.

Où donc peut se trouver la lumière évoquée par le titre dans ces situations dramatiques ? Ce n’est pas celle d’une étoile de Noël, mais plutôt celle, empreinte de compréhension et de compassion fraternelle, dans les yeux de Daoud. « Je crois que la position de la caméra et le jeu de l’acteur peuvent donner à voir les pires tourments des âmes. » dit le réalisateur à propos de ce film. Dans ce cas c’est une réussite !


Réalisation : Arnaud Desplechin.
Scénario : Arnaud Desplechin et Léa Mysius.
Photographie : Irina Lubtchansky.
Montage : Laurence Briaud.
Musique : Grégoire Hetzel.
Interprètes :
Roshdy Zem (le commissaire Daoud), Léa Seydoux (Claude), Sara Forestier (Marie), Antoine Reinartz (Louis).

Auteur :
Il est difficile de retrouver dans ’Roubaix, une lumière’ (2019) le style avec lequel Arnaud Despléchin s’était fait connaître et largement apprécié dans ’Rois et reine’ (2004) ou ’Jimmy P.’ (2013) mais cet ancien de l’Idhec sait transformer son approche de la réalisation tout en gardant une certaine continuité : son regard sur ses personnages est le même que celui du commissaire Daoud sur ses prévenus : chargé de lumière.


Commentaires

Agenda

 

2019

 

<<

Octobre

 

Aujourd’hui

LuMaMeJeVeSaDi
30123456
78910111213
14151617181920
21222324252627
28293031123

Brèves

20 septembre - DVD Cinéma : Dieu existe. Son nom est Petrunya

Au mois de Mai, nous vous avions signalé ce petit bijou macédonien. Vous allez pouvoir faire (...)