Energies renouvelables : le bal des appétits - Point N°5

mercredi 19 juin 2019
par  Lucien Farhi
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Fruit de la politique volontariste des gouvernements successifs, l’élimination du nucléaire du mix énergétique, dans les trente ans à venir, au profit des énergies renouvelables, éolien et solaire, fait partie des scénarios envisageables. D’une part, leurs coûts de production, en baisse constante, frôlent les 50 € le MWh, pour les parcs les mieux dotés, soit l’ordre de grandeur du nucléaire. D’autre part, le temps passant, le nucléaire va renchérir, du fait du coût de la prolongation des centrales actuelles, comme de celui de leur remplacement éventuel.

Reste l’intermittence qui affecte aussi bien l’éolien que le solaire. Sa compensation actuelle passe par le thermique fossile, cad les centrales à gaz à démarrage instantané, avec les inconvénients de l’émission de gaz à effets de serre. La solution du futur réside dans le stockage de l’électricité lors des pics de production pour la restituer en période de pointe de consommation, mais l’on en est au stade de développement. Le progrès technique aidant, nul doute qu’à l’horizon 2050 on puisse espérer voir le problème résolu.

Le paysage physique du futur
À terme, un mix de 4 sources d’énergies renouvelables et une 5e résiduelle et provisoire, fossile :

  • L’éolien, terrestre pour l’essentiel, mais faisant à long terme la part belle au marin ; le régime des vents y est plus favorable que sur terre, les obstacles administratifs et nuisances moindres.
  • Le solaire, compétitif avec l’éolien pour sa version parcs, mais surtout mieux adapté en coûts et plus conforme à la demande d’implication citoyenne dans sa production et gestion locales.
  • L’hydraulique, mais avec une part relative décroissante vu la limitation des sites disponibles.
  • La biomasse : bois, déchets, méthanisation, etc.
  • Enfin, le thermique fossile : palliatif provisoire pour le traitement instantané des pointes de consommation résiduelles.

Le paysage économique du futur
L’éolien, de par le prix unitaire élevé du matériel, est propice à l’exploitation de parcs industriels où se déploient pleinement progrès technique et économies d’échelle. D’ores et déjà, les 4 fabricants de matériel les plus importants ont mis la main sur plus de 80% du marché français. De manière analogue, les 20 premiers exploitants — aux premiers rang desquels on compte ENGIE (ex Gaz de France-Suez) et EDF – assurent à eux seuls 75% de la puissance éolienne totale installée.
Malgré un investissement de départ plus modeste, la tendance est la même pour le solaire  : le résidentiel, cad les opérations modestes, ne compte que pour 15% de la puissance installée dans les réalisations, le reste relevant d’opérations d’envergure (grandes toitures, ombrières, parcs). Certes, l’autoconsommation sans réinjection dans le système général progresse simultanément à grande vitesse. Mais pour des ordres de grandeur bas : 0.4 % de la puissance totale installée, actuellement.

Et l’écologie, la démocratie locale, quelles seront alors leurs places ?
La question se pose. Le nucléaire rangé au magasin des accessoires, la pièce va-t-elle se rejouer pour la nième fois de la même manière et les promoteurs de la révolution énergétique relégués aux oubliettes, au profit d’un capitalisme remis en selle pour d’autres et délétères entreprises ?
De fait, des ilots de résistance, basés sur la conjonction d’élus locaux motivés avec des tenants de l’écologie et/ou de la démocratie locale et participative s’organisent localement, autour de la maitrise des énergies. Pour réussir, il leur faut mobiliser une expertise considérable : techniciens des énergies renouvelables., architectes, juristes, économistes, financiers… Sans oublier de témoigner des talents, et surtout de la ténacité, indispensables aux praticiens de l’action collective.

A ce jeu, beaucoup d’appelés et peu d’élus. Car, pour ceux qui croiraient avoir atteint le bout de leurs peines – produire, consommer, vendre des énergies 100% vertes, le tout dans un contexte local et démocratique –, se dresse l’obstacle suprême : éviter, par mimétisme, de tomber dans la caricature des maux qu’il s’imaginent combattre : la manipulation des individus, des masses et la fascination pour THE BIG IS BEAUTIFUL !

Objectifs modestes, gestion parcimonieuse, rotation des responsabilités : le triptyque magique...

Énergie Partagée(EP)/Enercoop : un réseau complexe, initié par la NEF (*)



Ce réseau veut illustrer la résistance opposée à la mainmise du capitalisme sur les énergies vertes. Il privilégie l’action locale, la démocratie participative, les financements éthiques : renoncement aux dividendes, souscriptions militantes désintéressées. Engagements généreux et, dans l’ensemble, promesses tenues. Mais c’est aussi un modèle fragile : tarissement des subventions, professionnalisme à améliorer, course au chiffre d’affaires risquée. Il serait dommageable que des remèdes inadaptés soient portés à ces maux, somme toute mineurs. Le recours à la Caisse des dépôts, évoqué ci-après, en est une illustration.

(*) NEF : Nouvelle Économie Fraternelle, société financière fondée en 1988, labellisée ESS (Entreprise Solidaire d’utilité Sociale).

Point écrit par Lucien Farhi, Point N°5, « Energies renouvelables : le ballet des appétits » Juin 2019 Collectif www.Informerpouragir.fr
Photo :www.Enersun.fr

Énergie Partagée(EP)/Enercoop : le recours à l’intervention publique



En 2018, la Caisse des dépôts, l’Ircantec et le Crédit Coop créent une société (EnRciT), dotée potentiellement de 10 millions d’€. Objet : financer le « développement  » des projets locaux d’énergies vertes. C’est la partie amont du processus, celle où le risque d’abandon du projet est le plus élevé. La partie aval, rentable, est réservée au financement par EP Investissement. Ces deux sociétés sont gérées par une même troisième, EP commanditée (appelée aussi EP coopérative).
Celle-ci justifie ce montage par la « mutualisation » des moyens qu’il est censé entrainer. Il s’agit de rationaliser l’emploi du personnel qu’elle vient de retirer de la société EP investissement. Mais, par construction, si l’on persiste dans cette répartition des rôles, EnRciT, séparée de son aval rentable, ne peut qu’accumuler des pertes . Un montage dans lequel les pertes sont socialisées et les gains privatisés. Un air de déjà vu ?

Rêvons  : et si l’on renonçait à cette fausse bonne idée de spécialiser l’un et l’autre de ces dispositifs, pour simplement faire pot commun, chacun y apportant ses moyens, son expérience, ses spécificités ?

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Le bal des appétits

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