Cinéma : Little Joe

mercredi 5 juin 2019
par  Nicole de Micheaux
popularité : 23%

de Jessica Hausner
Prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes pour Emily Beecham (Alice)
sortie prochaine

JPEG - 10 ko Alice est phyto-généticienne dans un établissement de recherche de nouvelles espèces de plantes. Elle a créé une superbe fleur rouge qui, soignée avec attention par son propriétaire, est capable de le rendre heureux. Alice élève seule son petit Joe d’une douzaine d’années. Pour l’anniversaire de l’enfant, elle lui offre en cachette une de ces fleurs, baptisée ’Little Joe’, avant les dernières vérifications sur son aptitude à la commercialisation. Dans la serre de l’établissement, certains signes se manifestent montrant que la fleur n’est pas tout à fait inoffensive, en particulier les autres plantes ne survivent pas à ce voisinage.

Ce film combine trois thèmes très importants dans notre société actuelle : la vie des familles mono-parentales, le développement de la recherche génétique dans des laboratoires privés à but lucratif, et les conséquences d’une addiction.

Alice aime son travail mais, seule à élever Joe, elle ne se sent pas remplir parfaitement son rôle de mère en laissant son fils seul à la maison après l’école. Un sentiment de culpabilité la pousse à lui apporter cette fleur extraordinaire pour qu’il ne souffre pas trop en son absence. La plante est aussi une enfant d’Alice : elle est sa création. Alice ne peut pas envisager sa toxicité, elle n’éprouve pas le besoin de boucler ses vérifications avant de l’offrir à son fils.

L’entreprise où elle travaille est bardée d’accès interdits sauf aux responsables porteurs de badges. L’espace de soins aux plantes, une immense serre exemplairement propre, est confiné, on n’y rentre que revêtu de combinaisons et masques empêchant toute contamination extérieure. L’incident conduisant à la catastrophe, la soustraction de la plante à son milieu sécurisé, aurait pu relever de l’intérêt, comme on a pu le voir relativement récemment dans certains laboratoires pharmaceutiques, mais il se trouve à un autre niveau, l’amour maternel. Il ne s’agit donc pas d’une ’erreur scientifique’ mais d’un dérapage d’origine humaine, qui, si les règles établies avaient été respectées, n’aurait pas dû se produire.

L’addiction à la plante se déclarera grâce au bonheur qu’elle procure. C’est un paradis artificiel décrit comme tel dans le film. Les symptômes sont ceux d’une drogue qui détache de leur entourage ceux qui inhalent le pollen. Plus rien ne compte que leur relation avec la petite Little Joe. Un chien, après avoir passé une nuit dans la serre, mord sa maîtresse, et Joe décide de quitter Alice pour s’installer, avec son précieux pot, chez son père à la campagne ; sa mère, allégée, pourra se consacrer plus librement à sa serre. Que peut-on déduire de cette fin qui semble contenter tous les protagonistes ?

La subtile transformation des images semble répondre à cette interrogation. La presque totalité du film est traitée avec des à-plats de couleurs vives, à la manière de Peter Weir dans The Truman Show. Ce réalisateur décrit un monde créé artificiellement par une chaîne de télévision pour filmer le jeune Truman, plongé là dès la naissance, sans s’en douter. Le monde d’Alice, impeccable de propreté de luminosité, a été aussi humainement créé pour étudier des plantes élevées en milieu artificiel. Mais lorsqu’Alice amène Joe, en voiture, chez son père qui vit à la campagne dans un chalet en rondins, le paysage est filmé sans apprêt, sans effets superflus, ce monde est vrai. La plante, soigneusement déchargée par Joe à son arrivée, est perçue alors comme une menace dans cet espace préservé.

Cure de désintoxication pour Joe, ou destruction massive de l’environnement ? La réalisatrice nous laisse le choix de la conclusion.


Réalisation : Jessica Hausner
Scénario : Jessica Hausner, Géraldine Bajard
Directeur de la photographie : Martin Gschlacht
Décors : Katharina Wöppermann
Costumes : Tanja Hausner
Montage : Karina Ressler
Ingénieur du son : Malcolm Cromie
Interprètes :
Emily Beecham (Alice), Ben Whishaw (Chris), Kerry Fox (Bella), Kit Connor (Joe)


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