Cinéma : Le bal d’Ettore Scola

lundi 6 mai 2019
par  Nicole de Micheaux
popularité : 45%

JPEG - 27.1 ko « Viens, découvrons toi et moi les plaisirs démodés... ». Cette invitation de Charles Aznavour est toujours un délice lorsqu’on a l’occasion de voir une fois de plus ce merveilleux film d’Ettore Scola : Le Bal. L’Histoire de la société française s’y conjugue, en huit étapes, entre 1936 et 1983. Les acteurs sont des inconnus si bien qu’ils pourraient incarner chacun de nous. Le lieu est le même quelle que soit l’époque : une salle de bal et ses dépendances où toutes les rencontres sont possibles entre des personnes qui ne se connaissent pas, et qui craignent la solitude.

Une sorte de rituel semble parfaitement établi au début du film : après que le barman ait fermé les stores et allumé les néons et que les musiciens se soient mis en place sur l’estrade en commençant à jouer la musique de J’attendrai de Rina Ketty, les clientes entrent les unes après les autres, choisissent une table certaines soigneusement, les autres la première venue, les messieurs, ensuite, viennent s’accouder au bar au son de Et maintenant que vais-je faire de Gilbert Bécaud. Mais nous connaissons déjà les caractères de chacun à leur manière de marcher, s’installer et vérifier leur tenue dans un grand miroir en pied. Le film a introduit les personnages avec humour et affection... et sans paroles.

Ettore Scola nous fera visiter successivement 1936 et le Front Populaire avec Y a de la joie ; 1940 et le début de la guerre avec les sirènes, le bruit des bombes et les groupes apeurés qui s’abritent dans la salle, alors qu’une jeune fille vérifie que son violon est intact puis joue la Sérénade sans espoir ; 1942 l’attente où les femmes dansent entre elles et boivent seules avec On ira pendre notre linge sur la ligne Siegfried ; 1944 l’occupation avec Lili Marleen ; 1945 la libération avec Mademoiselle de Paris ; 1946 avec La vie en rose, 1956 avec Si tu vas à Rio, 1968 avec Michelle des Beattles, 1983 avec T’es OK, t’es bath. Et le tout sans aucune parole.

Scola nous dit : « J’aime la caricature ». Mais ce n’est pas réellement de la caricature : socialement les bals populaires étaient un outil indispensable pour les rencontres qui parfois finissaient par des mariages. Souvent, le couple ne se connaissait pas encore et les échanges étaient rares au cours de la danse. Comme quelques années plutôt avec le cinéma muet, le spectateur doit repérer, dans une légère amplification des gestes, les sentiments qui liaient les personnages. C’est ce qu’a souhaité le réalisateur : un langage du corps, un langage des signes. Et c’est une trouvaille.

L’émotion est présente et transmise à la salle, souvent avec humour. Chacun des spectateurs qui ont connu des moments de cette époque peut retrouver un refrain chargé d’images, de souvenirs. La grande Histoire renoue avec l’histoire privée de ces personnages sans nom et déborde sur notre histoire personnelle.

La plus grande partie du film a été tournée à Cinecitta, le temple du cinéma italien. Les références cinématographiques sont nombreuses, de Ginger Rogers et Fred Astaire à Gabin dans Pepe le Moko. Ettore Scola était un cinéphile, mais transparaît surtout dans Le Bal la tendresse qu’il ressentait pour ses personnages.

Le Bal (1983)
Réalisateur : Ettore Scola ;
Scénaristes : Ettore Scola, Jean-Claude Penchenat.
Récompenses : 1984 César du meilleur film ; César de la meilleure musique originale : Vladimir Cosma ; César du meilleur réalisateur : Ettore Scola
Prix David di Donatello du meilleur film : Ettore Scola ; Prix David di Donatello du meilleur réalisateur : Ettore Scola : Prix David di Donatello de la meilleure musique : Vladimir Cosma, Armando Trovajoli ; Prix David di Donatello du meilleur montage : Raimondo Crociani ; Prix David di Donatello, Prix Alitalia : Ettore Scola.
Durée : 112mn


Commentaires

Logo de Lucien Farhi
mercredi 8 mai 2019 à 05h38 - par  Lucien Farhi

J’ai adoré cette critique. La preuve : je l’envoie séance tenante (si l’on peut dire !) à un mien cousin, en Italie. Je sens que je vais, pour ma part, désormais guetter « Le bal » sur les écrans. Mais aurai-je encore la chance de l’y croiser, moi qui n’aime rien tant que mes rendez-vous avec le grand écran ?
Merci, Nicole !

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