Cinéma : Dieu existe. Son nom est Petrunya

lundi 6 mai 2019
par  Danielle Stordeur, Lucien Farhi
popularité : 42%

A Stip, petite ville de Macédoine, à l’Epiphanie, le prêtre de la paroisse lance une croix de bois dans la rivière et les hommes plongent pour l’attraper. Bonheur et prospérité sont assurés à celui qui y parvient. Ce jour-là, Petrunya (Zorica Nusheva), chômeuse au physique ingrat, fille d’une mère étouffante, vient d’être rejetée brutalement lors d’un entretien d’embauche humiliant. Son chemin croise la cérémonie. Elle se jette à l’eau sur un coup de tête et s’empare de la croix avant tous les hommes.

Fureur, c’est interdit aux femmes ! Les concurrents en deviennent fous de haine et d’agressivité machiste. Le prêtre, plus modéré, ne peut rien contre leur fureur. Il ne lui reste plus qu’à essayer de récupérer la croix avec l’aide de la police. Emmenée au poste, Petrunya tient bon, c’est sa croix, elle ne la rendra pas. Une alliée (avec laquelle elle ne va pas communiquer vraiment), journaliste, en fait un combat féministe et politique, s’insurgeant contre un pays bloqué dans le respect absurde de traditions « médiévales ».

La 2ème partie du film, la plus lente, mais la plus profonde, se passe au poste, où Petrunya passera la nuit. Sa détermination pacifique ne fait, au départ, que stimuler autour d’elle les comportements hostiles des agents. À l’extérieur, une foule d’hommes, menaçante, s’est maintenant assemblée vociférant sa haine. Il fait nuit à présent et le spectateur se prend réellement à redouter une scène de lynchage…

Pendant ce temps, la jeune femme continue de résister. À l’extérieur, l’intervieweuse de la télé paie son soutien de la perte de son émission et même de son emploi. Mais à l’intérieur du poste, prouesse superbe de la cinéaste, on assiste à la transfiguration de Petrunya, que sa résistance fait reconnaître et respecter, sans doute pour la première fois de sa vie. A part l’image de la brutalité idiote des hommes qui n’admettent pas d’avoir été privés de leur gloire, de l’affirmation de leur force virile, tout dans ce film est nuancé, délicat, profond. Ni les flics, ni le prêtre, ni les parents ne sont caricaturés grossièrement dans leur opposition maladroite, au contraire leur portrait est subtil, n’excluant jamais les contradictions qui habitent tous les personnages. C’est un très beau film, de ceux qui font du cinéma un grand art, capable d’inciter à la réflexion.

Danielle Stordeur et Lucien Farhi


Dieu existe. Son nom est Petrunya (Gospod postoi, imeto i’ e Petrunija)
Macédoine, Belgique, France
De Teona Strugar Mitevska, 2019, 1H40mn
Avec Zorica Nusheva (Petrunija)


Commentaires

Agenda

 

2019

 

<<

Mai

 

Aujourd’hui

LuMaMeJeVeSaDi
293012345
6789101112
13141516171819
20212223242526
272829303112
Aucun évènement à venir les 48 prochains mois