Cinéma : Une affaire de famille

dimanche 28 avril 2019
par  Nicole de Micheaux
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Sortie DVD du film lauréat de la Palme d’or du Festival de Cannes 2018
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Kore-Eda tente dans plusieurs de ses films de réexaminer et déconstruire une idée de la famille bien ancrée dans les mentalités. Il révèle dans une interview que son film Still Walking (2008), qui retrace une journée de commémoration en famille de la mort d’un fils aîné, est en partie autobiographique.On y trouve toutes les blessures qui ressurgissent entre les vieux parents et leur second fils venu les visiter à cette occasion avec son épouse et le fils de celle-ci. Nobody Knows, en 2004, montrait les difficultés dramatiques rencontrées par quatre enfants abandonnés par leur mère, le père l’ayant fait depuis longtemps.

Tel père, tel fils (2013) revient sur le problème posé par un échange d’enfants à la naissance (abordé déjà avec humour par Etienne Chatillez en 1988 avec La vie est un long fleuve tranquille). Dans Une affaire de famille, Kore-Eda met sur la sellette le principe qu’un gamin a besoin de ses parents biologiques pour se construire. Le récit, comme tous ceux qui impliquent des enfants, met le spectateur mal à l’aise, en porte-à-faux, en le laissant devant une remise en cause de ce qu’il croyait acquis.

« Tout ce qui est en vente dans un magasin n’appartient encore à personne ». C’est avec cet argument qu’Osamu convainc son fils Shota, une douzaine d’années, de faire les courses, dont la liste a été établie préalablement en famille, en volant à l’étalage. Une courte série de gestes du garçonnet conjure le sort pour qu’il puisse accomplir ses larcins impunément. L’admiration de Shota pour son ’père’ se dégradera au cours du film, lorsqu’il prendra conscience des mensonges dont il a été nourri depuis son entrée dans le groupe soi-disant familial.

Cette famille de cinq personnes, entassée dans un capharnaüm incroyable, accueille en supplément Juri, une petite fille de cinq ans, portant des traces de coups et de brûlures. Le groupe vit dans une totale précarité, et se débrouille avec les moyens du bord. Tendre et joyeux avec les enfants, attentif à la grand-mère, il est uni, construit de bric et de broc par le choix et l’acceptation de chacun des membres.

L’émouvante scène de la famille à la plage souligne l’harmonie entre tous ces protagonistes. Cependant, l’inconscience due à leur ignorance les mène au bord du gouffre. Annoncée déjà dans la scène où Shota, émerveillé par les jeux de magie d’Osamu, en découvre les ressorts, la dissolution de liens ’familiaux’ si forts sera l’œuvre de Shota lui-même dans sa découverte des multiples tromperies sous-jacentes. Il ne pourra appeler Osamu « Papa » qu’après avoir rétabli toute la vérité.

Grâce à un scénario qui joue avec le spectateur comme un chat avec une souris, Kore-Eda met celui-ci face à ses contradictions en soulignant les différents points de vue possibles sur une telle situation. Le film est délicat, n’affiche aucune certitude, ne juge pas. Les interrogatoires des enfants par la police sont attentifs, mais leurs conclusions se révèlent bourrées de préjugés. La petite Juri, rendue à ses parents biologiques, saura mieux se protéger après avoir connu le véritable amour maternel chez une ’mère’ de substitution. Cette ’famille’ était-elle unie par l’intérêt ou par l’amour ? Sans doute un peu de l’un mais beaucoup de l’autre.

Nicole de Micheaux

Une affaire de famille
Réalisateur : Hirokazu Kore-eda
Avec : Lily Franky (Osamu Shibata), Sakyra Andô (Nobuyo Shibata), Mayu Matsuoka (Aki Shibata), Kiri Kirin (Hatsue Shibata), Jyo Kairi (Shota Shibata), Miyu Sasaki (Juri Hojo)

Japon, 2018, 2h01 min.
Palme d’Or, Cannes 2018
Golden Globe Award pour le meilleur réalisateur, 2018


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