Cinéma : Tel Aviv on Fire

mercredi 10 avril 2019
par  Danielle Stordeur, Lucien Farhi
popularité : 39%

Un film israélien, un réalisateur palestinien de nationalité israélienne. Résultat un film magnifique qui ose évoquer, sur le ton de la comédie, l’insupportable au quotidien, quand on est palestinien, et qu’on est impuissant face au traitement humiliant des règles israéliennes. Visiblement l’équipe qui a réalisé ce film partage le même sens de l’humour, fait d’autodérision et de distance. Sans doute – sinon ce film ne serait pas – ses membres partagent-ils les mêmes opinions.

Salam, personnage principal, flegmatique, un peu perdu, est embauché comme homme à tout faire sur une série TV à petit budget, produite par son oncle. L’intrigue de la série se déroule vers 1967. Une belle espionne palestinienne est chargée par son amant de dérober à un général israélien les plans d’une offensive militaire. Elle va donc essayer de le séduire. La série est très populaire, beaucoup de familles aussi bien palestiniennes qu’israéliennes la suivent avec passion. La chaîne de télé est israélienne, la série est subventionnée par les Palestiniens, chacun va y aller de ses pressions pour que les choses soient acceptées chez elles ... pas facile à concilier ! Et d’autant moins facile que Salam succède à la scénariste qui part, ne supportant plus les compromis politiques qu’on exige d’elle. Et cela se complique encore parce que Salam doit tous les jours passer par un check point entre Jérusalem, où il habite, et Ramallah, lieu du tournage. Et que, comble de malchance – qui va se transformer en chance – il est arrêté par un officier israélien dont la femme se passionne pour la série.

C’est là que Sameh Zoabi a trouvé une idée géniale, qui va lui permettre de nous faire rire sans jamais oublier le drame quotidien des Palestiniens. L’idée ? Peu inspiré, pas très doué pour l’écriture, Salam, de question en question, pousse carrément le militaire à inventer le scénario. Et l’officier, dont la femme trouve qu’il ne comprend rien à l’amour romantique, saute sur l’occasion : il va proposer « son » histoire, romantique en diable et qui finit bien, du moins du point de vue israélien. Un marché s’établit entre les deux hommes. L’Israélien a tous les pouvoirs, mais il a besoin du scénariste pour reconquérir sa femme. Papiers (il garde la carte d’identité de Salam) contre belle histoire, c’est le deal.

Finalement, de gag en gag, de concessions gagnées et aussitôt perdues, de modifications en suppressions rapides, on arrive à une fin qui « contente » tout le monde. Et qui contente parce qu’elle est tellement absurde qu’on ne la comprend pas très bien. Quelle importance ?

D’un bout à l’autre du film, quel régal pour le spectateur, et quelle envie d’y croire ! On a tellement envie de croire que la complicité qui lie cette équipe de cinéastes israélo-palestinienne reflète quelque chose de sincère et de fécond ; même si on sait bien que le monde du cinéma est tout petit, et tellement atypique face aux politiques ! Tellement envie que ce regard attendri sur les familles des deux bords, qui regardent avec la même passion une série qui devrait les opposer, ne soit pas un regard naïf. Cela donne tellement envie, et c’est tellement bien fait qu’on se laisse emporter. La preuve ? On sort du cinéma avec un sourire grand comme ça.

On reviendra à la réalité quelques heures plus tard, mais ça fait du bien non ? Et c’est ça qu’on appelle l’art.

Lucien Farhi et Danielle Stordeur
Le 10 avril 2019

Tel Aviv on Fire
De Sameh Zoabi
2018.
Durée : 1h 37
Israélien, français, belge, luxembourgeois
Avec Kais Nashif (Salam), Lubna Azabal (Tala), Yaniv Biton (Yassi),


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