Gilets jaunes :« Macron, avec nous ! » ?

jeudi 4 avril 2019
par  Info
popularité : 45%

Ma critique du caractère contre-productif, si ce n’est nuisible du slogan « Macron, démission ! » a suscité des interrogations allant, dans certains cas, jusqu’à une franche hostilité, eu égard à la popularité de ce slogan parmi les GJ.

M’étant élevé fermement contre l’usage de ce slogan, il me faut préciser paradoxalement que, et pour l’avoir clairement exposé dans mes textes antérieurs, je suis totalement persuadé du rôle majeur et néfaste qu’a joué et que joue encore Macron dans la promotion des valeurs et des intérêts de sa classe. Ses états de services le prouvent, avant même son accès au poste suprême : ANI (Accord national interprofessionnel) ouvrant les portes de l’assurance santé obligatoire des salariés aux compagnies d’assurance, CICE (crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi), cadeau sans contrepartie aux entreprises, immédiatement transformé en distributions de dividendes et maintenant converti en exonérations de charges sociales permanentes. Et depuis son accession aux commandes, diminution de l’ISF, privatisations grandioses en préparation (Aéroports de Paris), le tout accompagné d’une campagne massive de dénigrement et diminution des services publics, sous prétexte d’un déficit budgétaire, lui-même artificiellement créé par les exonérations de charges et les cadeaux fiscaux.

Par conséquent, il existe des fondements objectifs au caractère hautement symbolique de ce cri de ralliement et son rôle est réel dans la mobilisation des troupes. Le hic est que le problème n’est pas, aujourd’hui, de faire l’unanimité de leur clan, mais de motiver d’autres forces à s’allier aux GJ ! Et pour les motiver, il faut se risquer à des hypothèses sur la nature de ces forces, comme sur leurs comportements.

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Les GJ appartiennent (simplification abusive mais nécessaire) à une classe sociale déterminée, même si ses frontières sont floues et qu’elle attire des sympathies qui vont au-delà : il s’agit de la classe de travailleurs et retraités du milieu rural et/ou des petites villes, menacés de paupérisation croissante et à peu près privés des moyens d’influer sur leur propre sort. En cherchant les alliés potentiels de cette classe dans le mille-feuilles social proche, on trouve :

  • Plus pauvre et avec encore moins d’autonomie, la population des banlieues des grandes villes : ouvriers, employés, chômeurs, travailleurs précaires… C’est une population oscillant entre violence et résignation, essentiellement sceptique et qui vote peu, persuadée que tous les élus se valent. En clair, elle croira davantage à une amélioration de son pouvoir d’achat objectivement constatable et mesurable qu’en un changement de responsables politiques
  • Avec plus de moyens financiers et d’accès aux décisions que les précédents, une classe moyenne privilégiée : cadres, commerçants et artisans, maîtrise ouvrière, intellectuels, media. C’est une population aux comportements mélangés : déçue du blocage actuel de l’ascenseur social, donc disponible pour des changements structurels modérés, mais encore sensible au charme de réussites individuelles. Dans tous les cas, hostile aux violences et aux extrêmes contre lesquels elle se croit protégée par le Président actuel.

Pour les GJ, la tâche consiste à, surmonter le scepticisme et parfois même l’hostilité de ces populations pour les rallier à leurs thèmes de prédilection : démocratie participative, pouvoir d’achat, lutte contre l’injustice sociale et fiscale. Cette tâche est déjà rude, en soi.

Je n’en dirai pas plus. Chacun, chez les GJ, pèsera à son gré la meilleure voie à emprunter pour vaincre les réticences et la peur de l’inconnu chez ses alliés potentiels. C’est sur ces objectifs, que peut seule être évaluée l’opportunité de lancer ou pas dans la nature le cri de « Macron, démission ! », et non pas sur le critère de popularité interne de ce slogan, quelle que soit sa charge symbolique.


Cin d’œil

Certains de mes amis m’ont demandé ce que je pouvais suggérer pour remplacer le fameux slogan ?

J’ai une proposition : « Macron, avec nous ! ».

Vous voyez, un lendemain de manif, dans la presse, y compris internationale, les photos sensationnelles de Forces de l’Ordre tabassant les foules pacifiques de porteurs de pancartes à la gloire de notre président et piétinant allègrement, pour ce faire, les portraits de leur Chef ?


Commentaires

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vendredi 5 avril 2019 à 16h02 - par  Info

Je n’ai pas la prétention de faire le procès exhaustif du capitalisme dans ma réponse, ce qui serait bien présomptueux de ma part. Seulement de mettre en garde contre une déviation courante quand on milite pour une cause : l’on doit constamment avoir en mémoire que l’on n’écrit pas pour se faire plaisir mais pour être lu, et donc éviter d’agresser son lecteur. En l’occurrence, c’était mon seul et modeste but.

vendredi 5 avril 2019 à 15h56

Une chose me frappe dans cette réponse : il n’est pas question du tout ni du changement climatique ni de la transition énergétique. Ce sont pourtant les deux thèmes qui rallient tout le monde, qui obscurcissent notre avenir et celui de nos enfants. ...et qui condamnent radicalement le capitalisme ( surtout financier ) incapable de penser et gérer ni le bien commun ni le long terme.

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