Cinéma d’aujourd’hui. Sorry We Missed You

lundi 28 octobre 2019
par  Danielle Stordeur, Lucien Farhi
popularité : 83%

Le libéralisme est un totalitarisme. On s’en doutait. Avec ce film, c’est une certitude.

Mettons d’emblée les points sur les i : nous ne sommes pas amateurs de cinéma « militant ». Traduire : les bonnes intentions font rarement, à nos yeux, un bon film. Eh bien, «  Sorry, we missed you », le film de Ken Loach présenté en compétition à Cannes, n’a rien de « militant ». Plutôt la dissection implacable, pratiquée par un chirurgien hors pair, de la descente aux enfers d’une brave petite famille anglaise, lors de sa vaine tentative d’échapper au sort médiocre qui lui est promis par le libéralisme ambiant régnant sans partage à l’aube de ce XXIème siècle.

Le père, la mère, un ado, une petite fille. Le père, naïf, s’embarque dans la création d’une microentreprise, sous-traitante d’un organisme géant d’expédition, autrement dit, le dernier avatar du prolétariat réduit à souscrire « volontairement » aux critères de sa propre exploitation : soit, en l’occurrence, une « franchise » caractérisée par des horaires interminables, le surendettement causé par l’obligation faite d’acquérir son outils de travail (ici, le camion de livraison), etc.

La mère, qui se dépense sans compter pour le bien de ses « clients », personnes âgées dépendantes, maintenues à domicile, et dont l’amour pour son mari va jusqu’à lui sacrifier sa voiture, c’est-à-dire son propre outil de travail, pour lui permettre d’acquérir son camion.
L’ado, en pleine révolte, aux apparences agressives, à la conduite sociale irresponsable mais en fait, le plus lucide de tous quant au rôle de victime qui leur est dévolu par le système. Sa violence, vis-à-vis de son père, traduit la honte qu’il éprouve à le voir humilié, incapable de se révolter.
La petite fille enfin, ultrasensible, qui tente désespérément de réunir le faisceau familial en train d’exploser sous le poids de toutes ces contraintes aiguisées jusqu’à l’incandescence par les exigences incompatibles du système.

Avec, aux manettes, Ken Loach, l’artiste sensible, l’avocat passionné, le chirurgien acéré de nos sociétés contemporaines. Qui sait dénoncer, sans jamais basculer dans l’invective ni la caricature. Un dernier mot pour saluer l’extraordinaire performance de Kris Hitchen, dans son rôle de père broyé par l’effroyable mécanique qu’il a lui-même contribué à mettre en marche.

Bref, un film pour aider efficacement n’importe quel public à comprendre ce qui se passe quand on commande par Amazon ou autre. Un grand film (mais Cannes lui a préféré « Parasites  » !!!)

Fiche technique (source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Sorry_We_Missed_You)

• Titre français : Sorry We Missed You
• Réalisation : Ken Loach
• Scénario : Paul Laverty
• Direction artistique : Julie Ann Horan
• Décors : Fergus Clegg
• Costumes : Jo Slater
• Photographie : Robbie Ryan
• Montage : Jonathan Morris
• Musique : George Fenton
• Pays d’origine : Royaume-Uni
• Format : Couleurs - 35 mm
• Genre : drame
• Durée : 100 minutes
• Dates de sortie :
o France : 16 mai 2019(festival de Cannes 2019), 23 octobre 2019 (sortie nationale)
o Royaume-Uni : 1er novembre 2019
• Distribution
• Kris Hitchen : Ricky Turner
• Debbie Honeywood : Abbie Turner
• Rhys Stone : Seb
• Katie Proctor : Lisa Jane


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