Lectures. Lamarck, sa vie, son oeuvre, par Yves Delange*

vendredi 18 octobre 2019
par  Danielle Stordeur
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Mais qui a écrit ce qui suit ? Et quand ? Qui a poussé ce cri, comme nous devrions tous le faire ? Comme le fait, bravant les insultes les plus basses, la courageuse Greta Thunberg, entraînant avec elle ce qu’il y a de mieux parmi nos jeunes gens ?

« L’homme, par son égoïsme trop peu clairvoyant pour ses propres intérêts, par son penchant à jouir de tout ce qui est à sa disposition, en un mot par son insouciance pour l’avenir et pour ses semblables, semble travailler à l’anéantissement de ses moyens de conservation et à la destruction même de sa propre espèce ».

Deviner le nom de l’auteur est difficile, à moins de le chercher sur Internet – mais là ce n’est pas de jeu – alors je vous éclaire ?... Ah non, pas tout de suite. D’abord une autre citation qui suggère, par le style et le vocabulaire, qu’elle ne date pas d’aujourd’hui, et qu’on la doit à un homme de science :

« L’homme, véritable produit de la nature, terme absolu de tout ce qu’elle a pu faire exister de plus éminent sur notre globe, est un corps vivant qui fait partie du règne animal, appartient à la classe des mammifères, et tient par ses rapports aux quadrumanes dont il est distingué par diverses modifications, tant dans sa taille, sa forme, sa nature, que dans son organisation intérieure : modifications qu’il doit aux habitudes qu’il a prises et à sa supériorité qui l’a rendu dominant sur tous les êtres de ce globe, et lui a permis de s’y multiplier, de s’y répandre partout, et d’y comprimer la multiplication de celles des autres races d’animaux qui auraient pu lui disputer l’empire de la force … »

Et un dernier texte, plus troublant encore par son actualité :

« En détruisant partout les grands végétaux qui protégeaient le sol, pour des objets qui satisfont son avidité du moment, il amène rapidement à la stérilité ce sol qu’il habite, donne lieu au tarissement des sources, en écarte les animaux qui y trouvaient leur subsistance, et fait que de grandes parties du globe, autrefois très fertiles et très peuplées à tous égards, sont maintenant nues, stériles, inhabitables et désertes. Négligeant toujours les conseils de l’expérience pour s’abandonner à ses passions, il est perpétuellement en guerre avec ses semblables, et les détruit de toutes part et sous tous prétextes, en sorte qu’on voit des populations, autrefois considérables, s’appauvrir de plus en plus. On dirait que l’homme est destiné à s’exterminer lui-même après avoir rendu le globe inhabitable. »

Ces textes ont 200 ans. Jean-Baptiste Lamarck les a écrits, alors qu’il était déjà aveugle, tout à la fin de sa vie. C’était sa dernière œuvre, il l’a dictée à sa fille Camille vers 1820 .

Ce n’est pas d’hier que l’homme se comporte ainsi. La préhistoire le montre déjà en pleine action. Très vite, les conquêtes territoriales, la colonisation, poussent ses tendances prédatrices au sommet de leurs performances. L’agriculture et l’élevage ont été inventés il y a 12 000 ans. Quand les archéologues ont fait cette découverte, ils ont déclaré avec enthousiasme que l’homme se distinguait enfin du reste du monde animal. Il n’était plus le prédateur de la nature, y prélevant, comme tous les autres êtres vivants, ce dont il avait besoin. Il était devenu producteur de subsistance. Certes, mais l’un n’empêche pas l’autre. L’homme est resté aussi un prédateur. Encore plus performant. De plus en plus dangereux.

C’est en lisant le petit livre qu’Yves Delange a consacré à Lamarck que j’ai découvert ces belles citations d’un grand scientifique dont on ne mesure sans doute pas assez les apports tant il a été relégué au second rang par les découvertes de Darwin. Mais l’apport de Lamarck a été immense (en zoologie, botanique, météorologie) et ce livre le démontre.

Bien qu’il ne soit pas récent (1984) on le trouve encore à la Librairie du Museum National d’Histoire naturelle, et sans doute ailleurs. Il est instructif et poétique en même temps. Des touches d’historien y donnent une idée de l’époque (avant, pendant, après la Révolution), l’ambiance du moment, le comportement des scientifiques. Un très bon livre.

* Lamarck, sa vie, son œuvre, Editions Acte-Sud, 1984


Commentaires

dimanche 20 octobre 2019 à 22h23

L’écriture élégante d’Yves Delange nous rend plus agréable encore d’approcher ces connaissances scientifiques et historiques.
Jean-Marie Pelt a aussi souligné ces apports de Lamarck qui argumentait une vision coopérative plutôt que concurrentielle ; à noter que Darwin avait une vision nettement moins caricaturale de cette « lutte pour la vie », que ce qu’on lui attribue.

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